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Notre histoire ne remonte pas à la haute antiquité, comme celle de certains peuples dont l'origine se perd dans la nuit des temps. La naissance du peuple acadien peut être située de façon très précise dans la première moitié du 17e siècle, alors que des pionniers venus principalement des provinces de l'ouest de la France, mais aussi du Pays basque, de Flandre et d'ailleurs s'établirent sur les bords de la baie Française, aujourd'hui la baie de Fundy, et formaient la première communauté de race blanche en Amérique du Nord. Pacifiques, vivant en harmonie avec les populations autochtones qui étaient leurs voisins, ils donnèrent le nom d'Acadie qui est toujours imprimé au fond de nos cœurs de façon indélébile.
Très tôt, après seulement quelques générations, ils se considérèrent comme un peuple distinct, refusant de prendre les armes dans les guerres que se livraient sans arrêt, semblait-il, les Français et les Anglais pour la possession de leur pays. Ils ne demandaient qu'à vivre en paix.
Mais ceux qui font les guerres voient d'un mauvais œil ceux qui ne participent pas à leurs jeux meurtriers. Un siècle et demi après leur installation sur le territoire, les Acadiens furent victimes d'une Déportation qui démembra leur population et leur déroba les terres qu'ils avaient mises en culture grâce à un ingénieux système d'irrigation.
Proscrits, dispersés aux quatre vents ou condamnés à vivre clandestinement, ils gardèrent le silence pendant de longues années; ensuite, timidement d'abord, puis de plus en plus ouvertement, ils se refirent un pays sur les décombres de l'ancienne Acadie. Leurs terres d'origine ne leur appartenaient plus; mais ils se sont répandus dans les régions laissées de côté par les nouveaux maîtres et y ont peu à peu recréé une Acadie vivante, qui n'a pas d'existence officielle, mais qui s'affirme de plus en plus.
C'est cette période de réinstallation que nous recréons avec notre village historique. Autant qu'il était possible, c'est la vie dépouillée de ces temps difficiles qu'on a voulu illustrer ici. Ce dépouillement même nous paraît un titre de fierté, puisqu'il constitue un témoignage au courage et à la persévérance dont nos ancêtres ont fait preuve pour conserver, en dépit du mauvais sort, leur identité, leur langue et leurs coutumes.
Aujourd'hui, les Acadiens, qui au moment de la Déportation se comptaient au nombre d'à peine quinze mille âmes, sont près de deux millions. Dispersés, plusieurs rejetons de l'arbre originel ont pris racine sous d'autres cieux. En Louisiane, où plusieurs ont trouvé un refuge dans ces années pénibles, ils sont plus d'un million. On les retrouve dans toutes les provinces canadiennes, ainsi qu'aux îles Malouines (Falkland), en France, en Nouvelle-Angleterre. Beaucoup ont conservé le souvenir de leurs origines et se considèrent toujours Acadiens.
Mais c'est dans les provinces Maritimes du Canada - Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Ecosse, Ile-du-Prince-Edouard - qu'ils se sont surtout affirmés. C'est à ce coin de pays, qui portait jadis le beau nom d'Acadie, qu'ils demeurent attachés. C'est ici qu'ils se sont donnés un drapeau, un hymne national, des institutions; c'est ici plus qu'ailleurs qu'ils ont regagné, grâce à leur ténacité, une part importante des droits qui leur avaient été enlevés. Au Nouveau-Brunswick, où ils forment un tiers de la population, leur langue est l'une des deux langues reconnues par le gouvernement, dans la seule province officiellement bilingue du Canada.
Nous ne sommes plus des déportés. Et si nous pouvons aujourd'hui faire cette affirmation la tête haute, sans crainte de personne, nous le devons à ceux qui ont vécu la tranche d'histoire que nous reproduisons ici. C'est un hommage que nous rendons à nos ancêtres, pour dire combien nous sommes fiers de ce qu'ils ont su conserver de cet héritage inestimable qu'ils nous ont légué et qui s'appelle la dignité.
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